TDAH et alexithymie : quand le cerveau accélère et que le cœur reste en mode “silence radio”...
- Christopher Trisman
- 8 nov. 2025
- 3 min de lecture

Chez beaucoup de personnes avec un TDAH, le cerveau tourne vite. Très vite. Les idées s’enchaînent, les émotions débarquent sans prévenir, et parfois… impossible de savoir ce qu’on ressent vraiment.
On sent “quelque chose”, mais quoi ? Tristesse ? Colère ? Fatigue ? Ou juste un trop-plein ?
Et quand on nous demande « tu te sens comment ? », la réponse fuse souvent : « Euh… je sais pas. »
C’est ce qu’on appelle l’alexithymie, ce mot un peu barbare pour dire : difficulté à identifier et exprimer ses émotions.
Ce n’est ni un manque de sensibilité, ni un problème de volonté : c’est un mécanisme cérébral, souvent présent chez les personnes TDAH.
Ce qui se passe dans le cerveau...
Les études montrent que le TDAH affecte les zones du cerveau qui gèrent la régulation émotionnelle : le cortex préfrontal (celui du contrôle et de la réflexion) et l’amygdale (celle de l’émotion et du stress).
Quand ces circuits communiquent moins bien, le cerveau perçoit l’émotion, mais n’arrive pas toujours à la “traduire” en mot clair.
Résultat : les émotions montent vite, parfois très fort, sans qu’on sache d’où elles viennent ni comment les calmer.
L’alexithymie, elle, ajoute un filtre de plus : les signaux corporels liés aux émotions (tension, chaleur, cœur qui bat vite) sont moins bien identifiés.
C’est un peu comme si le GPS émotionnel perdait la connexion : on sent qu’il se passe quelque chose, mais on ne sait pas où on est.
Concrètement, ça donne quoi ?
Un enfant qui explose pour “rien”, puis dit : “je sais pas pourquoi je suis en colère.”
Un adulte qui ressent une boule dans le ventre, sans comprendre ce qu’elle signifie.
Ou encore quelqu’un qui agit, parle, mange, ou fuit, juste pour calmer un inconfort qu’il n’arrive pas à nommer.
Ce n’est pas de la mauvaise foi ni un manque d’introspection : c’est souvent le cerveau émotionnel qui fonctionne sans les bons mots pour se faire entendre.
Et le lien avec l’alimentation ?
Il est bien réel, mais souvent subtil.
Quand on ne sait pas identifier ses émotions, il arrive qu’on confonde la faim émotionnelle et la faim physique.
Le corps envoie un signal (“vide”, “tension”, “besoin”), et le cerveau, lui, interprète ça comme une envie de manger.
Chez les personnes avec TDA/H, cette confusion est renforcée par l’impulsivité et la recherche de dopamine : manger peut alors devenir un moyen rapide de se calmer ou de se réconforter.
Pas question de culpabilité ici : c’est juste un des nombreux chemins que prend le cerveau pour tenter de se réguler.
Apprendre à faire la différence entre “j’ai faim dans le ventre” et “j’ai faim dans le cœur”, c’est déjà un premier pas vers plus de conscience émotionnelle.
Les pistes qui aident...
Nommer, même approximativement
Dire “je me sens bizarre”, “je suis agité”, “je suis tendu” même si ce n’est pas le mot exact. Trouver un mot, c’est déjà allumer la lumière sur l’émotion.
Observer le corps
Les émotions passent souvent par le corps avant la tête. Cœur qui bat, ventre qui se serre, épaules tendues… Ce sont des messages.
Avec le temps, on apprend à reconnaître le code secret du corps.
Créer un “dictionnaire des émotions”
Pour les enfants : des cartes, des couleurs, des visages.
Pour les adultes : une simple liste à consulter quand les mots manquent.
Faire une pause avant de réagir
Quand ça monte, respirer. Dix secondes. Juste ça.
Et se demander : “Qu’est-ce que je ressens vraiment ?” Parfois, la réponse arrive après la tempête.
Routine émotionnelle
Un petit check quotidien : “comment je me sens aujourd’hui ?”
Même une réponse floue est une réponse. C’est la répétition qui crée la conscience.
En parler, même sans savoir dire
“Je sens quelque chose, mais je ne sais pas quoi.”
Cette phrase-là vaut de l’or. Elle ouvre la porte au dialogue, sans jugement.
En résumé
Le TDA/H et l’alexithymie, c’est un peu comme avoir une voiture de course avec un tableau de bord sans étiquettes.
Ça avance vite, mais on ne sait pas toujours quel voyant clignote.
La bonne nouvelle ? On peut apprendre à les reconnaître, un à un.
Et quand on commence à comprendre ce qui se passe à l’intérieur, que ce soit une émotion ou une fausse faim , tout devient un peu plus clair, un peu plus doux.
Parce qu’au fond, apprendre à écouter ses émotions, c’est apprendre à se comprendre… et à se nourrir autrement, de présence, de mots et de bienveillance.



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