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Dysphasie : quand les émotions sont là… Mais que les mots ne suivent pas...


Un enfant peut être très en colère sans réussir à expliquer pourquoi.

Il peut être profondément triste sans parvenir à raconter ce qu'il ressent.

Il peut être heureux, attaché, inquiet, frustré… et pourtant rester incapable de mettre les bons mots sur ce qui se passe en lui.

Alors l'adulte cherche une explication.


« Pourquoi tu réagis comme ça ? »

« Explique-moi ce que tu ressens. »

« Mais dis-moi ce qui ne va pas. »


Et parfois, l'enfant ne peut tout simplement pas répondre.


Ressentir et expliquer sont deux choses différentes


Chez un enfant présentant une dysphasie, les difficultés langagières peuvent compliquer considérablement l'expression de ce qu'il pense et de ce qu'il ressent.


L'émotion, elle, n'attend pas que les mots soient disponibles.


La colère peut être là.

La peur peut être là.

La tristesse peut être là.

Mais le langage nécessaire pour les raconter peut manquer.


Quand le comportement parle à la place des mots


L'enfant peut alors exprimer son émotion autrement.


Il pleure.

Il crie.

Il s'isole.

Il refuse.

Il s'agite.

Il peut parfois sembler excessif ou incompréhensible.


Pourtant, ce comportement peut être la seule manière dont il parvient momentanément à faire sortir quelque chose qu'il ne sait pas formuler.


Ce n'est pas forcément qu'il ne veut pas parler.

Il peut ne pas savoir comment.


« Je ne sais pas » ne signifie pas toujours qu'il ne sait rien


Cette phrase mérite une attention particulière.

Lorsqu'un enfant répond « je ne sais pas », l'adulte peut penser qu'il ne veut pas répondre ou qu'il ne réfléchit pas.


Mais il peut aussi vouloir dire :


« Je n'arrive pas à trouver les mots. »

« Je sais ce que je ressens, mais je ne sais pas comment l'expliquer. »

« Je comprends quelque chose, mais je ne parviens pas à te le raconter. »


La différence est considérable.


Plus l'émotion est forte, plus les mots peuvent devenir difficiles


Lorsqu'une émotion intense apparaît, demander à l'enfant de produire immédiatement une explication précise peut être particulièrement compliqué.


Il faut identifier ce que l'on ressent.

Trouver le vocabulaire.

Construire une phrase.

Organiser ses idées.


Et parfois comprendre soi-même ce qui vient de se passer.


Tout cela demande des ressources importantes.


L'adulte peut aider sans parler à sa place


Il peut proposer des mots plutôt que d'exiger une explication.

« Est-ce que tu es plutôt en colère ou triste ? »

« Est-ce que c'est parce que quelque chose a changé ? »

« Est-ce que tu as eu peur ? »

« Tu peux me montrer si tu n'arrives pas à me l'expliquer. »


Les supports visuels, les pictogrammes, les échelles émotionnelles ou simplement quelques mots proposés peuvent également permettre à l'enfant de s'exprimer autrement.


L'objectif n'est pas de deviner systématiquement à sa place.

C'est de lui donner davantage de moyens pour communiquer.

Et surtout, ne pas confondre silence et absence d'émotion


Un enfant qui ne parvient pas à expliquer ce qu'il ressent n'est pas un enfant qui ne ressent rien.


Un enfant qui répond peu n'est pas nécessairement indifférent.


Un enfant qui semble fermé peut être traversé intérieurement par une émotion considérable.


C'est parfois précisément parce que l'émotion est importante que l'expression devient difficile.


Apprendre à communiquer autrement


Avec le temps, l'enfant peut développer des stratégies qui lui permettront de mieux identifier et exprimer ses émotions.


Mais cela demande du temps, de la répétition et surtout un environnement qui ne transforme pas chaque difficulté de langage en reproche.


Il faut parfois accepter que la communication ne passe pas toujours par une phrase parfaitement construite.


Un geste.

Un dessin.

Un regard.

Un pictogramme.

Un mot.

Un silence.


Tout cela peut aussi être une tentative de communiquer.


Conclusion


Chez certains enfants présentant une dysphasie, les émotions peuvent être parfaitement présentes alors que les mots ne le sont pas suffisamment pour les exprimer.


Et lorsque les mots manquent, le comportement peut prendre leur place.


Comprendre cette différence change profondément le regard que l'on porte sur l'enfant.


Il ne s'agit plus seulement de se demander :


« Pourquoi ne me dit-il pas ce qu'il ressent ? »


Mais parfois :


« De quels moyens a-t-il besoin pour réussir à me le dire ? »


Parce qu'un enfant qui ne trouve pas les mots n'est pas un enfant qui n'a rien à dire.

Il faut parfois simplement lui donner une autre manière d'être entendu.


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