Et si certaines personnes neuroatypiques ne cherchaient pas à avoir raison… mais à ne pas avoir tort ?
- Christopher Trisman
- 12 août
- 4 min de lecture

« Il faut toujours qu'il ait le dernier mot. »
« Elle ne supporte jamais qu'on lui dise qu'elle se trompe. »
« Même quand on lui explique, il continue d'argumenter. »
Ces phrases peuvent concerner des enfants.
Mais elles peuvent aussi décrire certains adultes neuroatypiques.
Et si, derrière ce besoin apparent d'avoir raison, il y avait parfois quelque chose de beaucoup plus profond : la difficulté à supporter le fait d'avoir tort ?
Avoir tort peut représenter bien plus qu'une simple erreur
Pour certaines personnes, se tromper signifie simplement :
« J'ai fait une erreur. Je vais corriger. »
Pour d'autres, l'erreur peut être beaucoup plus déstabilisante.
Elle peut remettre en question :
– leur compréhension de la situation
– leur sentiment de compétence
– leur perception de ce qui est logique ou juste
– leur confiance en eux
– parfois même l'image qu'ils pensent que les autres ont d'eux
Et lorsque les erreurs ont été très souvent soulignées pendant l'enfance, une nouvelle correction peut réveiller une histoire beaucoup plus ancienne.
Alors la personne argumente
Elle explique.
Elle revient sur les détails.
Elle cherche une exception.
Elle reformule.
Elle apporte de nouveaux arguments.
Elle revient parfois plusieurs fois sur la même conversation.
Vu de l'extérieur, cela peut ressembler à une volonté de gagner.
Mais intérieurement, la personne cherche parfois surtout à retrouver de la cohérence.
« Si je comprends pourquoi j'ai tort, je peux accepter d'avoir tort. »
Chez certains enfants neuroatypiques
Chez certains enfants TSA, une contradiction, une incohérence ou une règle qui semble illogique peut être particulièrement difficile à accepter.
Chez certains enfants TDAH, l'impulsivité, la régulation émotionnelle et les expériences répétées d'échec peuvent également rendre la correction difficile à vivre.
Chez d'autres enfants neuroatypiques, c'est l'estime de soi qui peut être particulièrement fragile.
Il ne s'agit évidemment pas d'une règle générale.
Mais dans certaines situations, l'erreur n'est pas vécue comme un simple événement.
Et chez l'adulte ?
Avec l'âge, le comportement peut changer.
L'enfant qui contestait directement peut devenir l'adulte qui argumente longuement.
Celui qui vérifie tout.
Celui qui a besoin de revenir sur une conversation.
Celui qui supporte difficilement qu'on lui dise :
« Tu te trompes. »
Parfois, cette réaction est devenue beaucoup plus subtile.
Elle peut se cacher derrière un besoin de précision, une recherche permanente de preuves ou une difficulté à laisser une discussion sans conclusion.
Et parfois, l'adulte lui-même ne comprend pas pourquoi il ressent autant le besoin de poursuivre la conversation.
Quand l'erreur devient une menace pour l'image de soi
Pour certains adultes neuroatypiques, avoir tort peut réveiller des souvenirs d'une époque où ils ont souvent été considérés comme :
« trop compliqués »
« distraits »
« maladroits »
« différents »
« pas assez attentifs »
À force d'être corrigé, certains finissent par développer une vigilance particulière autour de l'erreur.
Ils veulent démontrer qu'ils ont compris.
Qu'ils ont réfléchi.
Qu'ils ne sont pas incapables.
Et parfois, ce besoin de démontrer prend plus de place que la question initiale.
Comprendre n'est pas donner raison
C'est probablement l'une des distinctions les plus importantes.
Dire à quelqu'un :
« Je comprends pourquoi tu le vois comme ça »
ne signifie pas :
« Tu as raison. »
Cela permet simplement de reconnaître son raisonnement avant de présenter un autre point de vue.
Chez certaines personnes, cette étape peut être essentielle pour pouvoir ensuite entendre la contradiction.
Apprendre à avoir tort sans avoir honte
C'est un apprentissage important à tout âge.
Pouvoir dire :
« Je me suis trompé. »
sans ressentir :
« Je suis incapable. »
Pouvoir changer d'avis sans avoir l'impression d'avoir perdu.
Pouvoir reconnaître une erreur sans perdre sa dignité.
Et surtout comprendre qu'une erreur ne diminue ni l'intelligence, ni la valeur, ni la légitimité d'une personne.
Les adultes peuvent aussi apprendre à regarder autrement
Face à un enfant ou un adulte qui argumente beaucoup, il est facile de penser :
« Il veut toujours avoir le dernier mot. »
Mais une autre question peut être beaucoup plus intéressante :
« Qu'est-ce qui est si difficile pour lui dans le fait d'avoir tort ? »
La réponse peut parfois nous renseigner davantage sur son fonctionnement que son comportement lui-même.
Avec nuance
Évidemment, toute personne qui argumente n'a pas peur de se tromper.
Certaines personnes aiment simplement débattre.
D'autres défendent fermement leurs convictions.
Et certaines attitudes peuvent effectivement relever de l'opposition, du besoin de contrôle ou d'autres mécanismes.
Il ne faut donc pas transformer chaque désaccord en symptôme.
Mais chez certaines personnes neuroatypiques, cette difficulté à reconnaître ou tolérer l'erreur mérite d'être comprise autrement.
Conclusion
Certains enfants et adultes neuroatypiques ne cherchent peut-être pas autant à avoir raison qu'à éviter cette sensation inconfortable d'avoir tort.
Derrière l'argumentation, l'entêtement ou le besoin de démontrer peuvent parfois se cacher une recherche de cohérence, un besoin de comprendre, une peur de l'erreur ou une estime de soi fragilisée.
Alors peut-être que notre rôle n'est pas seulement de leur apprendre à reconnaître leurs erreurs.
C'est aussi de leur apprendre quelque chose de beaucoup plus précieux :
avoir tort ne signifie jamais être moins intelligent, moins capable ou moins digne d'être respecté et aimé.



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