Quand les émotions ressemblent à une boîte de LEGO… sans notice...
- Christopher Trisman
- 8 nov. 2025
- 3 min de lecture

Ahhh les émotions… Ces petites (ou grosses) vagues intérieures qu’on est censé “identifier”, “nommer” et “exprimer avec assertivité”.
Facile à dire.
Mais quand on est TDA/H, TSA ou haut potentiel, cette vague ressemble parfois à un tsunami sans légende, et trouver les bons mots peut devenir… aussi simple que de monter un meuble suédois sans tournevis.
Pourquoi c’est souvent si difficile de mettre des mots sur ses émotions ?
Ce n’est pas de la mauvaise volonté. Ce n’est pas un caprice. Et ce n’est certainement pas un “manque d’éducation émotionnelle”.
Il existe des explications scientifiques solides à cette difficulté :
En pagaille : les émotions peuvent arriver très vite et très fort, et les circuits attentionnels ont parfois du mal à les réguler et à les décoder.
Certaines personnes ont une difficulté spécifique à identifier et exprimer leurs émotions. Ce n’est pas rare chez les profils TSA et TDA/H.
Surcharge sensorielle : quand le cerveau traite mille informations en même temps, il a moins de bande passante pour “analyser calmement” ce qu’il ressent.
Vitesse de pensée élevée (chez les hauts potentiels) : on pense vite, on ressent fort… mais le mot juste a déjà été dépassé par trois autres émotions.
Résultat : à la question « Qu’est-ce que tu ressens ? », la réponse peut ressembler à : “Euh… je sais pas… un truc.”
Des pistes concrètes pour aider à nommer ses émotions...
Heureusement, il existe des outils simples et efficaces pour accompagner les enfants (et les adultes !) à mettre des mots sur ce grand bazar intérieur.
Les supports visuels
La roue des émotions (très utile pour élargir le vocabulaire émotionnel).
Des cartes émotions illustrées (avec des visages expressifs, très utiles pour les enfants TSA).
Les “baromètres d’émotions” (ex. une échelle de 1 à 5 ou des couleurs allant du vert au rouge).
Exemples de matériel qu’on peut trouver facilement :
Roue magnétique ou tableau à scratch.
Cartes émotions à afficher sur le frigo ou en classe.
Peluches ou figurines représentant des émotions.
Les jeux pour développer le vocabulaire émotionnel
Jeux de mimes : chacun mime une émotion, les autres doivent la nommer.
Jeu des “Quand je…” : une carte décrit une situation → l’enfant choisit quelle émotion cela provoque chez lui.
Boîte des émotions : on écrit les émotions vécues dans la journée sur des petits papiers, et on les relit le soir.
Théâtre ou marionnettes : exprimer une émotion à travers un personnage peut aider à prendre de la distance.
Les outils corporels et sensoriels
Pour beaucoup de personnes TDA/TSA, le corps ressent l’émotion avant la tête. Il est donc souvent plus facile de partir des signaux physiques :
“J’ai le cœur qui bat vite” → peut-être de la peur ou de la colère.
“J’ai chaud” → peut-être de la frustration ou de la nervosité.
“J’ai une boule dans la gorge” → peut-être de la tristesse.
Une carte corporelle ou un schéma du corps à colorier en fonction de la zone où on ressent les choses peut être un excellent point de départ.
Les routines et outils d’autorégulation
Mettre des mots sur ses émotions est plus facile quand le cerveau est apaisé :
Exercices de respiration guidée ou de cohérence cardiaque.
Une pause sensorielle (tapis, casque anti-bruit, coin calme).
Un fidget pour canaliser le trop-plein sensoriel.
Et du côté des adultes accompagnants…
Votre attitude compte énormément...
N’insistez pas sur “trouve le bon mot !” → proposez plutôt une liste ou des choix.
Laissez du temps. Le mot peut venir plus tard (parfois même le lendemain).
Reformulez ce que vous observez (“J’ai l’impression que tu es frustré(e) parce que ton dessin n’a pas marché comme tu voulais, c’est ça ?”).
Validez l’émotion avant de passer à la solution.
Ressources utiles...
Applications de régulation émotionnelle (adaptées aux enfants avec TDA).
Tableaux de communication visuelle pour les profils non verbaux.
Livres jeunesse sur les émotions.
Des jeux de société coopératifs qui invitent à exprimer ce qu’on ressent.
En résumé...
Mettre des mots sur ses émotions n’est pas inné pour tout le monde.
Mais c’est une compétence qui se construit avec douceur, humour, patience et les bons outils.
Et souvenez-vous : si un jour votre enfant vous dit simplement “je ressens un truc”, ce n’est pas un échec…
C’est le début d’un apprentissage...



Commentaires