"Tu m’écoutes ?" Ou l’art TDA/H de sembler ailleurs...
- Christopher Trisman
- 2 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 nov. 2025

Vous parlez à votre enfant, votre ado, ou même votre collègue TDA/H, et… magie !
Il détourne la tête, regarde le plafond, lève les yeux au ciel comme si une mouche invisible passait par là.
Bref, tout, sauf vous regarder dans les yeux.
Résultat : vous vous demandez si vous parlez à une personne ou à un mur.
Spoiler : non, ce n’est pas (toujours) de la mauvaise volonté.
Ce qui se passe dans leur cerveau :
Chez les personnes TDA/H, le cerveau traite les informations un peu différemment.
Le cortex préfrontal, celui qui aide à organiser l’attention, a parfois du mal à rester concentré sur une seule source sensorielle.
Le tic-tac insistant de l’horloge de la cuisine, la musique un peu trop forte dans le salon, la peur d’être sanctionné, la douleur sourde à l’orteil droit (merci le cours de gym de ce matin !), la faim qui gronde, l’envie de retourner à ses occupations…
Tout ça se bouscule déjà dans sa tête au moment où vous tentez de lui faire une demande.
Et comme si ça ne suffisait pas, son cerveau capte aussi (Allez, j'en remets une couche) :
La mouche qui s’acharne à tourner autour de la lampe,
L'étiquette de la chemisette qui gratte,
Le souvenir d’une blague entendue à la récré (qu’il doit absolument raconter… tout de suite ! Vous ferez probablement semblant de la trouver très drôle à son écoute ... Mais là, c'est pas le moment ! )
La question existentielle du moment : « Est-ce qu’un chat qui tombe du canapé retombe quand même sur ses pattes ? »
Bref, vous parlez, mais dans son cerveau, c’est déjà une soirée karaoké sans animateur : chacun essaie de chanter plus fort...
Résultat : le regard s’évade !
Certains ont même besoin de détourner les yeux pour mieux écouter...
Oui, oui : fixer intensément quelqu’un peut les surcharger, alors que regarder ailleurs libère de l’espace mental pour traiter vos mots.
C’est un peu comme si vous deviez fermer les yeux pour mieux entendre la musique.
Donc, ne vous fiez pas toujours aux apparences : un TDA/H peut très bien écouter en regardant le plafond.
Et chez les filles ?
On a longtemps cru que le TDA/H était "un truc de garçons". Faux !
Chez les filles, le "regard ailleurs" peut être plus discret : rêvasser, dessiner, tripoter une mèche de cheveux… mais le principe reste le même. L’attention semble partie… alors qu’elle est juste en train de traiter autrement.
Conseils pratiques :
Captez l’attention au départ : touchez légèrement l’épaule, dites le prénom, établissez un petit contact avant de lancer votre grande tirade.
Découpez l’information : messages courts, phrases simples. Un TDAH n’est pas une boîte mail capable d’avaler un roman d’une traite.
Multimodalité : associez le visuel + l’oral. Par exemple : "Range tes chaussures là" en montrant l’endroit.
Vérification douce : demandez un retour. Pas besoin d’interrogatoire : un "Tu as bien compris ?" suffit. Faire reformuler aide aussi à l'engagement...
Humour comme allié : une petite blague ou un clin d’œil maintient la connexion. Le cerveau adore la dopamine !
Bonus adulte : si vous êtes vous-même TDA/H, ne culpabilisez pas de "ne pas avoir l’air attentif". Expliquez-le : "Si je regarde ailleurs, c’est que j’écoute mieux." Cela désamorce beaucoup de malentendus.
Moralité : Quand un TDA/H semble décrocher du regard, il n’a pas forcément décroché de vos paroles.
Le lien se fait… juste par un chemin un peu moins classique.


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