Quand les enfants HP et TDA/H semblent manquer d’empathie...
- Christopher Trisman
- 11 nov. 2025
- 3 min de lecture

On a souvent tendance à croire que les enfants à haut potentiel ou porteurs d’un TDA/H sont hypersensibles, connectés à tout ce qui se passe autour d’eux, presque capables de sentir l’humeur des autres avant même qu’ils parlent. Et parfois, c’est vrai.
Mais il existe aussi une autre réalité, moins abordée : certains de ces enfants semblent, à certains moments, totalement détachés des émotions des autres.
Ils peuvent rire quand il ne faut pas, paraître indifférents à la peine d’un camarade ou ne pas comprendre pourquoi leurs mots ont blessé. Ils peuvent donner l’impression d’un manque d’empathie, voire d’un égoïsme déroutant.
Pourtant, ce n’est pas un problème de cœur, mais souvent un problème de connexion émotionnelle et d’autorégulation.
Avant d’aller plus loin, rappelons ce qu’est l’empathie.
C’est la capacité à ressentir et comprendre ce que l’autre vit, à se représenter ses émotions, sans forcément les partager. C’est ce qui permet de dire : “Je comprends ta tristesse”, même si on ne la ressent pas soi-même. L’empathie, c’est ce pont invisible entre deux mondes intérieurs.
Chez l’enfant TDAH, ce pont est souvent instable. Son attention saute d’un détail à l’autre, si bien qu’il peut passer à côté des signaux émotionnels subtils : un regard triste, un ton qui change, un geste qui appelle du réconfort. L’intention n’est pas de blesser, mais simplement, il ne voit pas. Et quand il voit, il ne sait pas toujours quoi faire avec ce qu’il perçoit.
Chez l’enfant à haut potentiel, c’est parfois l’inverse : il ressent beaucoup, mais il se protège. Il rationalise, il analyse, il met à distance. Trop d’émotions le saturent, alors il coupe le fil pour ne pas être submergé. De l’extérieur, cela ressemble à de la froideur. À l’intérieur, c’est souvent une surcharge émotionnelle mal gérée.
Alors, comment développer l’empathie chez ces enfants ?
Pas en leur faisant la leçon. Pas en leur disant “mets-toi à la place de l’autre”. Leur cerveau ne fonctionne pas avec des injonctions morales, mais avec des expériences vécues.
Voici quelques pistes concrètes :
Modéliser les excuses sincères. Quand un parent s’excuse, il montre à l’enfant que l’erreur n’est pas une honte, mais une opportunité de réparer. C’est un geste puissant. Il apprend que dire “pardon” ne diminue pas la valeur d’une personne, mais renforce le lien.
Mettre des mots sur les émotions. “Tu semblais en colère quand il t’a pris ton jouet, non ?” ou “Je vois que tu es frustré, tu veux qu’on en parle ?”. En nommant les émotions, on les rend visibles, tangibles, et on apprend à les reconnaître chez soi comme chez les autres.
Utiliser les histoires. Les récits sont des tremplins pour comprendre les autres sans se sentir menacé. Lire un passage, puis demander : “À ton avis, pourquoi il a fait ça ? Il ressent quoi, là ?”. L’enfant apprend à décoder sans pression directe.
Valoriser les petits gestes empathiques. Un simple “merci d’avoir aidé ton copain, tu as vu comme il a souri ?” crée un ancrage positif. L’empathie se renforce par le plaisir d’avoir fait du bien.
Apprendre la régulation avant la compassion. Un enfant submergé par ses propres émotions ne peut pas accueillir celles des autres. Travailler d’abord sur la gestion de la frustration, du stress ou de la colère est souvent le premier pas vers l’ouverture à autrui.
Et puis, il y a le pouvoir des excuses partagées...
L’enfant qui apprend à s’excuser sincèrement découvre que ses mots peuvent réparer. Le parent qui s’excuse découvre qu’il n’est pas moins crédible, mais plus humain. Dans les deux sens, c’est un apprentissage de l’humilité et du lien.
L’empathie n’est pas un don réservé à certains, c’est une compétence qui se cultive, lentement, par l’exemple, la patience et la confiance.
Chez les enfants HP ou TDA/H, cette graine pousse parfois de travers, à son rythme, mais quand elle fleurit… elle donne souvent des adultes profondément humains, lucides et sensibles.



Commentaires