Aider ces enfants aux devoirs quand le cerveau fonctionne autrement...
- Christopher Trisman
- 19 déc. 2025
- 5 min de lecture

La période des devoirs à la maison est souvent l’un des moments les plus chargés émotionnellement dans les familles.
Fatigue accumulée, exigences scolaires, tensions parentales, incompréhensions mutuelles : tout se cristallise en fin de journée.
Lorsque l’enfant présente un TDAH, un haut potentiel, un trouble du spectre de l’autisme, une dyslexie, une dysorthographie, une dyscalculie ou une dyspraxie, cette période peut devenir particulièrement conflictuelle et chronophage.
Non pas parce que l’enfant ne veut pas faire ses devoirs, mais parce que les compétences mobilisées à ce moment-là sollicitent précisément ses zones de vulnérabilité.
Comprendre cela change radicalement la manière d’accompagner.
D’un point de vue neurodéveloppemental, ces enfants ne sont ni paresseux ni opposants.
Leur cerveau traite l’information différemment, avec des profils attentionnels, sensoriels, exécutifs ou langagiers atypiques.
Après une journée d’école, leurs ressources cognitives sont souvent déjà entamées. La question n’est donc pas de faire plus longtemps, mais de faire autrement, en respectant leur fonctionnement et en s’appuyant sur leurs forces.
Créer un cadre sécurisant avant même de parler de devoirs...
Avant toute stratégie pédagogique, le cadre émotionnel est fondamental. Un enfant qui se sent sous pression, jugé ou comparé se met rapidement en état de stress.
Or, le stress inhibe les fonctions exécutives, la mémoire de travail et l’accès au langage.
Cela explique pourquoi un enfant qui savait faire en classe semble parfois tout oublier à la maison.
Installer un rituel de transition est souvent déterminant. Une pause réelle après l’école, sans écrans stimulants, avec un temps de décompression corporelle ou créative, permet au système nerveux de redescendre.
Le moment des devoirs gagne à être prévisible, inscrit dans une routine stable, avec un début et une fin clairement identifiables.
Le lieu de travail doit être pensé pour limiter la surcharge. Trop de bruit, trop d’objets visibles ou des sollicitations permanentes épuisent rapidement les enfants TDAH ou hypersensibles.
Un environnement sobre, avec peu d’éléments distrayants, mais contenant, favorise l’engagement.
La présence de l’adulte doit être rassurante sans être intrusive. Il ne s’agit pas de surveiller, mais de soutenir.
Comprendre les besoins spécifiques des enfants avec TDAH...
Chez les enfants TDAH, la difficulté principale pendant les devoirs réside rarement dans la compréhension, mais dans l’activation, la planification et le maintien de l’effort.
Leur cerveau a besoin de sens, de mouvement et de feedback rapide. Fractionner le travail est souvent plus efficace que demander de tout faire d’un bloc.
Des temps courts, entrecoupés de pauses actives, permettent de préserver l’attention. Le mouvement n’est pas un ennemi des devoirs, mais un allié.
Certains enfants se concentrent mieux en manipulant un objet, en étant debout ou en changeant ponctuellement de posture.
L’adulte peut aider à externaliser les fonctions exécutives en verbalisant ce qui est attendu, en aidant à estimer le temps nécessaire et en donnant une structure visible au travail.
Un timer ou une horloge peut aider l’enfant à se repérer sans être constamment rappelé à l’ordre.
La motivation est également centrale. Valoriser l’effort plutôt que le résultat, donner du sens aux apprentissages et relier les contenus à des centres d’intérêt personnels augmente fortement l’engagement.
Accompagner les enfants à haut potentiel sans les épuiser...
Les enfants à haut potentiel présentent souvent un décalage entre leur rapidité de pensée et leurs capacités d’organisation ou d’écriture.
Ils peuvent comprendre très vite, mais se retrouver en difficulté lorsqu’il faut expliquer, structurer ou produire.
Les devoirs deviennent alors source de frustration, car l’écart entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils arrivent à rendre est douloureux.
Leur proposer des outils pour organiser leurs idées, comme les cartes mentales ou les schémas, permet de respecter leur mode de pensée global et arborescent.
Ces enfants ont également besoin de défis adaptés. Des devoirs trop répétitifs ou mécaniques peuvent entraîner une démotivation massive.
Introduire une dimension créative, proposer de transformer une leçon en exposé imaginaire, en musée personnel ou en histoire racontée aide à mobiliser leur intelligence sans les enfermer dans l’ennui.
Il est également essentiel de rester attentif à leur fatigue émotionnelle, souvent sous-estimée, et de ne pas confondre performance intellectuelle et maturité affective.
Soutenir les enfants dyslexiques et dysorthographiques avec des outils adaptés...
Pour les enfants dyslexiques et dysorthographiques, les devoirs sollicitent intensément le décodage, la mémoire auditive et la précision linguistique.
Lire, écrire et mémoriser demandent un effort disproportionné par rapport à leurs pairs. Leur proposer uniquement des supports écrits revient à les placer en difficulté permanente.
Il est donc essentiel de varier les canaux d’entrée. L’oral devient un levier majeur. Lire les consignes à voix haute, autoriser l’enfant à répondre oralement, enregistrer les leçons, utiliser des vidéos provenant de Youtube ou les faire écouter permet de contourner certaines difficultés sans renoncer aux apprentissages.
La mémorisation gagne à être multisensorielle.
Associer des gestes, des images, des couleurs ou des mises en scène favorise l’ancrage des informations. Les cartes mentales sont particulièrement pertinentes, car elles allègent la charge verbale tout en structurant le contenu.
Pour certains enfants, la répétition orale dans un cadre calme, avec une voix claire et un débit adapté, améliore considérablement la compréhension, notamment lorsque le traitement auditif est fragile.
Il est aussi important de réduire la quantité écrite demandée à la maison, afin de préserver l’énergie cognitive pour l’essentiel.
Adapter les devoirs aux enfants dyscalculiques et dyspraxiques...
Les enfants dyscalculiques peuvent se retrouver en grande difficulté lors des devoirs de mathématiques, non pas par manque d’intelligence, mais parce que les concepts abstraits, les automatismes et la manipulation des nombres leur demandent un effort intense.
Revenir au concret est souvent salvateur.
Utiliser du matériel, des objets du quotidien, des dessins ou des situations réelles permet de redonner du sens aux nombres. Verbaliser les raisonnements, plutôt que d’exiger uniquement un résultat écrit, aide l’enfant à structurer sa pensée.
Chez les enfants dyspraxiques, la fatigue motrice et la coordination jouent un rôle majeur.
Écrire longtemps peut devenir douloureux et épuisant.
Autoriser des pauses, réduire la quantité d’écriture ou utiliser des supports alternatifs permet de préserver leur engagement.
L’adulte peut aussi aider à organiser l’espace de travail et les étapes, car la planification gestuelle et spatiale est souvent coûteuse pour ces enfants.
Apprendre et mémoriser en s’appuyant sur les forces...
Quelle que soit la spécificité de l’enfant, l’un des leviers les plus puissants reste l’utilisation de ses forces.
Un enfant créatif retiendra mieux en dessinant, un enfant passionné d’histoire aimera transformer une leçon en récit, un enfant visuel mémorisera plus facilement avec des images.
Transformer les leçons en musée personnel, en carte mentale géante, en jeu de questions ou en explication donnée à quelqu’un d’autre renforce l’apprentissage.
Jouer au professeur est d’ailleurs l’un des moyens les plus efficaces de mémoriser, car cela oblige à organiser et reformuler.
Les devoirs ne doivent pas être uniquement un temps de reproduction, mais un temps de compréhension active.
Lorsque l’enfant comprend pourquoi il apprend quelque chose et comment cela s’inscrit dans un ensemble cohérent, son cerveau s’engage plus volontiers.
Cela vaut particulièrement pour les enfants atypiques, dont le besoin de sens est souvent très marqué.
Le rôle de l’adulte pendant les devoirs...
L’adulte accompagnant joue un rôle clé, non pas en faisant à la place de l’enfant, mais en servant de soutien externe temporaire.
Nommer les difficultés sans dramatiser, reconnaître les efforts, ajuster les attentes et accepter que le rythme soit différent sont des actes éducatifs puissants.
Il est également essentiel de préserver la relation. Lorsque les devoirs deviennent un champ de bataille quotidien, il est parfois préférable de réduire la durée ou de prioriser, plutôt que d’entrer dans une spirale de conflits qui fragilise l’estime de soi de l’enfant.
Travailler en lien avec l’école, lorsque c’est possible, permet aussi d’ajuster les exigences et de rendre les devoirs réellement utiles, plutôt que simplement lourds.
Conclusion
Aider un enfant atypique pendant les devoirs ne consiste pas à le faire rentrer de force dans un moule scolaire standard, mais à créer des ponts entre ses besoins, ses forces et les attentes de l’école.
Cela demande de la compréhension, du temps, de la créativité et parfois un changement de regard profond.
Lorsqu’on adapte le cadre, les outils et la posture adulte, les devoirs peuvent redevenir un temps d’apprentissage constructif, et non un moment de souffrance.
Chaque enfant peut progresser, à condition qu’on lui permette d’apprendre à sa manière, avec respect et cohérence...



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