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Immatures, vraiment ? Quand le TDAH et le haut potentiel déstabilisent à tout âge...


On parle souvent de l’immaturité des enfants TDAH ou à haut potentiel comme d’un problème à corriger au plus vite.


Comme si grandir devait forcément lisser les aspérités, harmoniser les fonctionnements, aligner toutes les sphères du développement.


Pourtant, ce que l’on appelle immaturité n’est presque jamais globale. Chez ces profils, elle est dissymétrique, sélective, et profondément mal comprise. Et surtout, elle ne disparaît pas à l’âge adulte.


Dès l’enfance, ces profils déroutent. Un enfant TDAH ou HP peut tenir un discours d’une maturité saisissante, faire preuve d’une réflexion morale ou existentielle étonnante, comprendre des enjeux complexes, puis quelques instants plus tard réagir avec une intensité émotionnelle ou une impulsivité que l’on juge “immature”.


Cette cohabitation trouble, car elle casse notre vision rassurante d’un développement homogène.


Pourtant, elle est au cœur même de leur fonctionnement.


Chez les enfants à haut potentiel, la pensée va vite, très vite. Elle explore, anticipe, relie, questionne. Cette avance cognitive crée une maturité intellectuelle réelle, parfois impressionnante. Mais elle ne garantit ni la stabilité émotionnelle, ni la maturité relationnelle.


L’enfant comprend avant d’être prêt à vivre ce qu’il comprend. Il peut analyser finement une situation sociale, tout en étant démuni face à la frustration, à l’attente, au rejet ou à l’échec.


Il peut raisonner comme un adulte et jouer, rire ou se réfugier dans des centres d’intérêt très enfantins. Non par régression, mais par besoin d’équilibre.


Chez les enfants TDAH, l’immaturité apparente est souvent liée à un développement différencié des fonctions de régulation.


Le cerveau privilégie l’instant, l’intensité, la nouveauté. Certaines capacités sont très performantes, créativité, intuition, énergie, pensée divergente, tandis que d’autres, comme l’inhibition, la gestion émotionnelle ou la planification, demandent plus de temps pour se structurer.


L’enfant peut savoir ce qu’il faudrait faire, sans pouvoir le faire au moment attendu. Ce décalage est souvent interprété à tort comme un manque d’effort ou de volonté.

Ce que l’on oublie trop souvent, c’est que ces enfants deviennent des adultes. Et que cette ambivalence ne disparaît pas magiquement avec l’âge. Elle change de forme...


L’adulte TDAH ou HP peut être extrêmement compétent, lucide, responsable dans certains domaines de sa vie, et se sentir en grande difficulté dans d’autres.

Très mature professionnellement, mais démuni dans l’intime.


Très réfléchi sur le sens de la vie, mais impulsif dans ses réactions émotionnelles.

Capable de décisions complexes, mais en difficulté avec la routine, les contraintes administratives, les codes sociaux implicites ou la régulation affective.


Là encore, ce n’est pas une immaturité globale. C’est une dissymétrie persistante.

Beaucoup d’adultes portent encore la honte d’avoir été qualifiés d’immatures dans l’enfance ou de l'être toujours...


Ils ont appris à surcompenser, à masquer, à performer là où ils le pouvaient, tout en se reprochant leurs zones de fragilité.


Certains ont figé leur spontanéité. D’autres se sont enfermés dans des rôles très sérieux, au prix d’un épuisement profond.


Et beaucoup continuent de se juger sévèrement pour des difficultés qui relèvent d’un fonctionnement neurologique, pas d’un manque de maturité.


Alors, quelles pistes pour accompagner, enfants comme adultes ?


D’abord, reconnaître que la maturité n’est pas un bloc uniforme. On peut être très mûr dans un domaine et en construction dans un autre, sans que cela remette en cause la valeur de la personne.


Ensuite, ajuster les attentes.


Chez l’enfant, cela signifie poser un cadre clair et sécurisant sans exiger une cohérence émotionnelle irréaliste.


Chez l’adulte, cela implique d’accepter ses zones de vulnérabilité, d’aménager son environnement, son rythme, ses relations, plutôt que de se battre contre soi-même.

Il est également essentiel de soutenir la régulation émotionnelle à tout âge. Mettre des mots sur ce qui déborde. Passer par le corps, le mouvement, la créativité, le jeu, même à l’âge adulte. Ce ne sont pas des signes d’immaturité, mais des leviers d’équilibre.


Enfin, changer de regard.


L’immaturité chez les profils TDAH et HP n’est pas un retard à combler, mais le reflet d’un développement asynchrone qui dure dans le temps. Ce qui fait leur richesse, leur intensité et leur profondeur est aussi ce qui les rend vulnérables.


Ce ne sont pas des enfants ou des adultes “pas assez mûrs”.


Ce sont des êtres humains dont le cerveau pousse dans plusieurs directions à la fois. Et qui ont moins besoin d’être corrigés que d’être compris...


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