TDAH ou désengagement cognitif : comprendre la différence pour mieux accompagner les enfants...
- Christopher Trisman
- 14 déc. 2025
- 3 min de lecture

On confond souvent le désengagement cognitif et le TDAH.
Les comportements peuvent se ressembler, mais les mécanismes et les besoins sont très différents.
Cette confusion peut amener à des interprétations erronées.
Clarifier ces notions permet d’apporter un accompagnement plus juste aux enfants.
Qu’est-ce que le désengagement cognitif ?
Le désengagement cognitif n’est pas un trouble.
C’est un état temporaire dans lequel un enfant décroche mentalement parce que quelque chose surcharge ou détourne son attention.
Cet état peut apparaître pour plusieurs raisons :
- une fatigue cognitive après une journée intense ou un cumul de stimuli
- un intérêt très faible pour la tâche proposée
- une activité trop difficile ou, au contraire, trop simple
- une émotion forte ou du stress
- une absence de sens ou d’objectif clair
Dans ces moments-là, le cerveau se met en mode économie. Il décroche pour se préserver, exactement comme un ordinateur qui ralentit lorsqu’il est saturé.
Les travaux en psychologie cognitive, notamment ceux de Smallwood et Schooler , montrent que l’esprit bascule vers le vagabondage mental lorsque la charge mentale est trop importante ou lorsque la tâche ne mobilise pas suffisamment le réseau exécutif.
Le désengagement cognitif est donc un mécanisme d’adaptation, pas un trouble.
Et le TDAH ?
Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental inscrit dans la durée. Il présente des bases neurobiologiques bien documentées. On parle notamment de :
- dysrégulation attentionnelle
- immaturité du cortex préfrontal
- particularités dans le système dopaminergique
- activité élevée du réseau par défaut (DMN) même en situation de tâche
Le TDAH n’apparaît pas uniquement dans certaines situations. Il se manifeste dans la majorité des contextes, y compris dans des activités plaisantes.
Ce n’est pas un refus de s’engager ; c’est un fonctionnement neurologique particulier, permanent.
Les principales différences entre le désengagement et le TDAH
Durée
- Le désengagement est ponctuel.
- Le TDAH est constant et présent depuis l'enfance.
Contexte
- Le désengagement apparaît dans des situations précises (fatigue, stress, surcharge, ennui).
- Le TDAH se manifeste dans la plupart des contextes.
Contrôle
- En cas de désengagement, l’enfant peut souvent se reconnecter si l’environnement change.
- Dans le TDAH, l’enfant veut se reconnecter, mais son cerveau ne le lui permet pas toujours.
Impact
- Le désengagement entraîne des difficultés momentanées.
- Le TDAH a un retentissement durable sur la scolarité, le comportement et l’estime de soi.
Ce que la recherche nous dit sur le désengagement cognitif...
Plusieurs éléments sont bien établis aujourd’hui :
- Le cerveau passe en mode économie lorsque le vagabondage mental s’active.
- Une surcharge sensorielle ou émotionnelle peut provoquer un état de figement ou de retrait.
- Les enfants sensibles, anxieux ou perfectionnistes sont davantage susceptibles d’entrer en désengagement.
- Le désengagement apparaît souvent lorsque l’enfant ne perçoit ni objectif, ni sens à ce qu’on lui demande.
Ces constats ne remettent pas en question le travail des enseignants. Ils permettent simplement de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau des enfants, afin de les accompagner avec nuance.
Comment agir face au désengagement cognitif ?
Voici des pistes concrètes, fondées sur des données scientifiques, pour aider un enfant à se reconnecter :
- Réduire la charge cognitive en simplifiant les consignes ou en fractionnant la tâche.
- Donner un objectif précis et atteignable afin de rendre l’activité plus claire.
- Connecter la tâche à du sens ou à un intérêt personnel pour renforcer l’engagement.
- Utiliser l’attention partagée en accompagnant l’enfant sur les premières étapes.
- Introduire des micro-pauses pour éviter la saturation et permettre au cerveau de revenir à l’état optimal.
- Vérifier l’état émotionnel de l’enfant, car le stress ou l’inquiétude empêchent la disponibilité mentale.
Ces stratégies ne sont pas des critiques du système scolaire.
Elles sont simplement issues des connaissances actuelles en cognition, en neurosciences et en pédagogie.
Message essentiel...
Confondre le désengagement cognitif et le TDAH peut entraîner des réponses inadaptées, soit en minimisant les défis des enfants ayant un véritable TDAH, soit en surestimant les difficultés d’un enfant simplement fatigué ou surchargé.
Le désengagement cognitif est un phénomène normal et réversible.
Le TDAH est un fonctionnement neurologique durable qui nécessite un accompagnement spécifique.
Mieux distinguer ces deux réalités, c’est mieux comprendre les enfants. Et mieux comprendre, c’est déjà mieux accompagner.



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