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On parle trop du TDAH ! Ce trouble est-il devenu une mode et un argument marketing ?


Il fut un temps où le TDAH était un diagnostic discret, posé avec prudence, entouré d’évaluations longues, croisées, exigeantes.


Aujourd’hui, il est partout. Sur les réseaux sociaux, dans les livres grand public, les formations accélérées, les vidéos virales, les slogans accrocheurs, les blogs, les pages dédiées...


Le TDAH semble avoir quitté le champ clinique pour entrer dans l’espace médiatique. Et une question dérangeante s’impose alors, presque malgré nous : parle-t-on encore d’un trouble neurodéveloppemental… ou d’un concept devenu vendable voire rentable ?


La science, pourtant, ne laisse que peu de place au flou.


Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental reconnu par les classifications internationales.


Il repose sur des différences objectivables du fonctionnement cérébral, notamment au niveau des réseaux de l’attention, de l’inhibition, de la régulation émotionnelle et des fonctions exécutives. Il débute dans l’enfance, persiste à l’âge adulte et entraîne des répercussions fonctionnelles mesurables sur les apprentissages, la vie professionnelle, la sphère sociale et émotionnelle.


Ce n’est ni une invention récente, ni une excuse éducative, ni un simple trait de caractère. Sur ce point, le consensus scientifique est solide.


Le problème n’est donc pas l’existence du TDAH, mais la manière dont il est raconté.


Simplifié, raccourci, parfois vidé de sa complexité. Le TDAH devient un prisme à travers lequel chacun est invité à se reconnaître : difficultés de concentration, fatigue mentale, procrastination, surcharge cognitive, ennui, désorganisation.


Des expériences humaines largement partagées sont alors requalifiées, parfois trop rapidement, en signes cliniques.


Le glissement est subtil mais puissant : si tu te reconnais, c’est que tu es concerné. Et si tu es concerné, alors une solution existe, une méthode, un coaching, une formation, un programme clé en main.


Le marketing n’a pas besoin de mentir pour être efficace.


Parfois, il sélectionne, il accentue, il embellit...


Il met même parfois en avant les aspects séduisants du TDAH (créativité, pensée divergente, intuition, énergie, hypersensibilité) tout en reléguant au second plan ce qui dérange l’échec scolaire, la perte d’estime de soi, l’épuisement chronique, les troubles anxieux et dépressifs associés, la souffrance silencieuse.


Le trouble devient alors une identité valorisante, presque désirable pour se démarquer, déconnectée de sa réalité clinique.


On ne parle plus de handicap invisible, mais de potentiel mal exploité.


Ce glissement n’est pas anodin.


Il crée une confusion majeure entre difficultés attentionnelles contextuelles et trouble neurodéveloppemental avéré.


Il fragilise la parole des personnes réellement concernées, qui doivent sans cesse se justifier, expliquer, prouver que leur TDAH n’est ni une mode ni un choix.


Il alimente aussi une défiance vis-à-vis des diagnostics, comme si toute reconnaissance clinique était suspecte, exagérée, opportuniste.


À force de banaliser le TDAH, on finit paradoxalement par le nier


À force de le rendre parfois attrayant, on invisibilise la souffrance.


À force de le vendre comme une clé universelle, on oublie qu’il s’agit avant tout d’un trouble qui (dans la plupart des cas) limite, fatigue, isole, et nécessite un accompagnement sérieux, individualisé, fondé sur des données scientifiques, pas sur des tendances.


La question n’est donc pas de savoir s’il faut parler du TDAH. Il faut en parler. Mais il faut en parler juste. Avec rigueur. Avec nuance. Avec responsabilité.


Parce que derrière les mots, derrière les concepts, derrière les algorithmes, il y a des enfants, des adolescents, des adultes qui se sont construits en pensant qu’ils étaient paresseux, incapables, inadaptés, trop lents, ou trop agités.


Des personnes pour qui le TDAH n’est pas une étiquette séduisante, mais une réalité quotidienne à apprivoiser.


Et si le véritable enjeu, finalement, n’était pas de rendre le TDAH visible, mais de le rendre compréhensible et moins critiquable ?


Pas rentable, mais humain.


Pas simplifié à l’extrême, mais respecté dans toute sa complexité et ses paradoxes.


Parce que lorsqu’un trouble devient un produit, ce sont toujours les plus vulnérables qui en paient le prix...

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