“Il pourrait s’appliquer s’il voulait” : le plus grand malentendu autour du TDAH...
- Christopher Trisman
- 16 déc. 2025
- 3 min de lecture

Le manque de volonté est sans doute l’étiquette la plus injuste collée aux enfants TDAH.
À la maison comme à l’école, elle revient en boucle. Il sait faire mais ne fait pas. Il comprend mais n’applique pas. Il commence mais n’achève pas. Très vite, un diagnostic implicite tombe : il ne veut pas.
Cette conclusion est rassurante pour l’adulte, car elle simplifie une réalité complexe. Pourtant, elle est fausse...
Chez l’enfant TDAH, ce qui est interprété comme un manque de volonté est presque toujours un problème d’accès à l’action, pas un problème d’intention. La différence est fondamentale.
Comprendre n’est pas agir...
L’un des grands pièges du TDAH est la confusion entre compréhension et capacité d’exécution.
Beaucoup d’enfants TDAH comprennent parfaitement ce qu’on attend d’eux. Ils peuvent reformuler une consigne, expliquer une règle, anticiper une conséquence. Cette compréhension donne l’illusion qu’ils disposent automatiquement des ressources nécessaires pour agir.
Or ce n’est pas le cas.
Le cerveau TDAH traite l’information, mais peine à la transformer en action volontaire et durable. Le passage à l’acte dépend de mécanismes internes qui régulent l’attention, l’initiation, la persévérance et l’inhibition.
Lorsque ces mécanismes fonctionnent de manière atypique, la volonté seule ne suffit pas. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est le levier interne qui permet de démarrer et de tenir dans le temps.
À la maison : quand l’effort devient invisible...
À la maison, le manque de volonté est souvent invoqué face aux devoirs, aux tâches quotidiennes, aux routines. L’enfant tarde à s’y mettre, oublie, se disperse, abandonne.
De l’extérieur, cela ressemble à de la paresse.
De l’intérieur, c’est souvent un combat silencieux.
Le cerveau TDAH a besoin d’un niveau de stimulation suffisant pour mobiliser l’énergie mentale. Une tâche jugée simple, répétitive ou peu motivante peut provoquer un véritable blocage.
L’enfant veut faire, mais son système interne ne s’active pas. Plus la pression augmente, plus l’accès à l’action se grippe.
Ce phénomène explique pourquoi certains enfants peuvent passer des heures concentrés sur un jeu ou une passion, et être incapables de commencer un exercice pourtant court.
Ce n’est pas un choix. C’est une différence de fonctionnement.
À l’école : quand la volonté est évaluée à la place des compétences...
Dans le cadre scolaire, le malentendu est encore plus violent. L’école valorise la constance, l’autonomie, la régularité et l’effort soutenu.
Autant de compétences qui reposent sur des fonctions exécutives fragiles chez l’enfant TDAH.
Un élève peut avoir les capacités intellectuelles, les connaissances et même l’envie de réussir, tout en échouant à s’organiser, à planifier, à rester engagé sur la durée.
L’enseignant peut voir un enfant capable mais inconstant. Le système conclut parfois à un manque de travail. L’enfant, lui, intériorise l’idée qu’il est incapable ou insuffisant.
La volonté devient alors un terrain miné, associée à l’échec et à la honte.
Pourquoi forcer la volonté aggrave le problème...
Plus on insiste sur la volonté, plus on renforce le sentiment d’échec. L’enfant TDAH entend qu’il devrait pouvoir faire autrement.
Qu’il n’essaie pas assez. Qu’il ne fait pas d’efforts.
Or il en fait souvent beaucoup, mais sur des tâches invisibles aux yeux des autres : se retenir, se concentrer, ne pas exploser émotionnellement, rester assis, suivre le fil.
Cette dissonance crée une fatigue mentale intense. À force de se sentir jugé sur ce qu’il ne parvient pas à faire, l’enfant finit par se désengager.
Ce désengagement est alors interprété comme une preuve supplémentaire de son manque de volonté, alors qu’il s’agit souvent d’un mécanisme de protection.
Changer de regard pour libérer l’élan...
Ce qui aide réellement un enfant TDAH, ce n’est pas d’exiger plus de volonté, mais de créer les conditions qui la rendent accessible.
Donner du sens aux tâches. Fractionner les étapes. Introduire du mouvement, du jeu, de la nouveauté. Externaliser l’organisation. Soutenir l’émotionnel autant que le cognitif.
Lorsque l’environnement s’adapte, la volonté réapparaît. Non pas comme une injonction morale, mais comme une conséquence naturelle d’un système qui fonctionne mieux.
L’enfant ne devient pas soudainement différent. Il devient simplement capable d’exprimer ce qu’il avait déjà en lui.
Conclusion
Ce n’est pas un enfant sans volonté, c’est un enfant sans accès...
Un enfant TDAH n’est pas un enfant qui ne veut pas. C’est un enfant qui veut souvent très fort, mais qui n’a pas toujours la clé pour transformer cette volonté en
Derrière chaque refus, chaque évitement, chaque lenteur, il y a rarement de la mauvaise foi. Il y a un cerveau qui fonctionne autrement.
Changer ce regard, c’est déjà soulager l’enfant. C’est lui rendre sa dignité. C’est lui permettre de ne plus se définir par ce qu’il n’arrive pas à faire, mais par tout ce qu’il peut devenir quand on lui offre les bonnes conditions.
Et parfois, ce simple changement de regard suffit à rallumer une étincelle que l’on croyait éteinte



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