Hyperfocus : quand l’attention s’embrase chez les profils neuroatypiques...
- Christopher Trisman
- 8 janv.
- 4 min de lecture

L’hyperfocus, ce n’est pas « juste être concentré » ...
On parle souvent de difficultés d’attention chez les profils neuroatypiques.
Pourtant, beaucoup de personnes concernées vivent aussi l’exact opposé : des moments où l’attention devient extrême, intense, presque absorbante.
L’hyperfocus, ce n’est pas une bonne concentration.
C’est un état d’absorption totale, dans lequel le temps, le corps et parfois même l’environnement disparaissent.
Chez les enfants, les adolescents et les adultes qui ont un TDAH, un TSA ou un profil à haut potentiel, l’hyperfocus fait partie du fonctionnement cognitif.
Il n’est ni un superpouvoir magique, ni un dysfonctionnement à éradiquer.
Il est une expression particulière de la régulation attentionnelle.
Hyperfocus et TDAH : quand l’attention n’est pas stable, mais polarisée...
Chez les personnes qui ont un TDAH, l’attention n’est pas absente.
Elle est instable et sélective.
Le cerveau a du mal à rester mobilisé sur ce qui est peu stimulant, répétitif ou imposé.
En revanche, lorsqu’une activité déclenche de l’intérêt, de la nouveauté, du défi ou de l’émotion, l’attention peut devenir massive.
Dans ces moments-là, l’enfant ou l’adulte :
– oublie de manger ou de boire
– ne perçoit plus le temps qui passe
– n’entend plus ce qu’on lui dit
– peut réagir vivement s’il est interrompu
Ce n’est pas de la mauvaise volonté.
C’est une captation complète des ressources attentionnelles, liée au fonctionnement dopaminergique du TDAH.
L’erreur fréquente est de dire : « Il peut se concentrer quand il veut. »
En réalité, il ne choisit pas l’hyperfocus.
Il le subit autant qu’il en bénéficie.
Hyperfocus et haut potentiel : quand la pensée arborescente s’emballe...
Chez les profils à haut potentiel, l’hyperfocus prend souvent une autre forme.
Il est alimenté par une pensée rapide, associative, profonde.
Une question entraîne une autre.
Un détail ouvre un champ immense.
Un sujet devient une exploration sans fin.
L’hyperfocus peut alors être intellectuel, créatif ou existentiel.
Il ne repose pas uniquement sur la stimulation, mais sur le sens, la complexité et la cohérence interne du sujet.
Ces personnes peuvent:
– travailler des heures sans s’en rendre compte
– creuser un thème jusqu’à l’épuisement
– avoir du mal à s’arrêter même quand la fatigue est là
Le lien avec le perfectionnisme apparaît ici clairement.
L’hyperfocus nourrit parfois l’idée qu’il faut aller au bout, comprendre totalement, maîtriser chaque détail.
Ce n’est pas de l’orgueil.
C’est une difficulté à poser une limite interne quand la pensée est lancée.
Hyperfocus et TSA : quand l’intérêt devient un ancrage sécurisant...
Chez les personnes avec un TSA, l’hyperfocus est souvent lié aux intérêts spécifiques.
Il joue un rôle structurant et rassurant.
L’attention intense permet :
– de stabiliser l’environnement interne
– de réduire l’anxiété
– de donner une cohérence au monde
Dans ces cas-là, l’hyperfocus n’est pas seulement cognitif.
Il est émotionnel et sensoriel.
Interrompre brutalement un hyperfocus chez une personne TSA peut provoquer :
– une montée d’angoisse
– une crise de colère
– un sentiment de perte de contrôle
Non pas parce que la personne refuse,
mais parce que l’intérêt focalisé est un point d’équilibre.
Quand l’hyperfocus devient coûteux
L’hyperfocus n’est pas toujours bénéfique.
Lorsqu’il n’est pas accompagné, il peut entraîner :
– un épuisement physique et mental
– une perte de repères corporels comme la faim, la fatigue ou la douleur
– des difficultés relationnelles
– des conflits liés aux interruptions
– une difficulté à passer à autre chose
Chez l’enfant, cela peut ressembler à une rigidité.
Chez l’adolescent, à un enfermement.
Chez l’adulte, à un surinvestissement chronique.
Ce n’est pas l’hyperfocus le problème.
C’est l’absence de régulation autour de lui.
Ce qui aide à apprivoiser l’hyperfocus...
L’objectif n’est pas de supprimer l’hyperfocus.
Il s’agit d’apprendre à composer avec lui.
Quelques leviers utiles, à adapter selon l’âge et le profil :
– poser des repères temporels clairs avant de commencer une activité
– utiliser des alarmes ou des transitions annoncées à l’avance
– prévoir un temps d’atterrissage après une phase intense
– travailler la conscience corporelle, par des pauses, la respiration ou le mouvement
– aider à verbaliser ce qui se passe pendant et après l’hyperfocus
– distinguer l’intérêt profond de l’obligation de performance
Chez l’enfant, l’adulte joue un rôle de régulateur externe.
Chez l’adolescent et l’adulte, l’enjeu est d’intérioriser progressivement ces repères.
Hyperfocus et identité : un équilibre à construire...
Beaucoup de personnes neuroatypiques se définissent à travers leur hyperfocus.
Ce qu’elles savent faire très bien.
Ce dans quoi elles se sentent compétentes, légitimes, vivantes.
C’est une richesse.
Mais cela ne doit pas devenir une prison.
Apprendre à sortir d’un hyperfocus sans se perdre, c’est aussi apprendre à exister en dehors de la performance, en dehors de l’intensité, en dehors du « tout ou rien ».
Conclusion...
L’hyperfocus n’est ni un défaut, ni un don magique.
C’est une modalité particulière de l’attention, présente chez de nombreux profils TDAH, TSA et à haut potentiel.
Lorsqu’il est compris, accompagné et régulé,
il devient une force.
Lorsqu’il est mal interprété ou ignoré,
il peut devenir source d’épuisement, d’incompréhension et de tensions.
Comprendre l’hyperfocus, ce n’est pas chercher à le contrôler.
C’est apprendre à vivre avec intensité, sans s’y brûler.



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