Quand on se coupe pour survivre
- Christopher Trisman
- il y a 4 jours
- 3 min de lecture

La déconnexion émotionnelle...
Chez de nombreux enfants, adolescents et adultes neuroatypiques, il existe un mécanisme discret mais profondément structurant : la déconnexion émotionnelle.
On parle souvent d’hypersensibilité, d’explosions émotionnelles ou d’impulsivité.
On parle beaucoup moins de l’autre versant, celui où l’émotion se fige, s’éteint ou se met à distance.
Et pourtant, c’est l’un des mécanismes de protection les plus fréquents chez les profils TDAH, TSA et à haut potentiel.
Ce n’est pas du calme, c’est une coupure
La déconnexion émotionnelle peut prendre des formes très différentes. Elle se manifeste parfois par :
- un regard vide
- un retrait soudain
- une impression d’absence
- une indifférence étrange
- une froideur qui ne ressemble pas à la personne
Ce n’est pas de l’apaisement. C’est un système nerveux qui se met hors ligne parce que la charge émotionnelle est devenue trop lourde.
Le cerveau choisit de couper plutôt que d’exploser.
Pourquoi les profils neuroatypiques y sont particulièrement exposés ?
Les profils TDAH, TSA et à haut potentiel vivent le monde avec une intensité accrue :
- les stimulations sont plus nombreuses
- les pensées plus rapides
- les émotions plus fortes
- la fatigue plus profonde
Ils encaissent beaucoup, souvent sans pouvoir déposer ce qu’ils ressentent.
Quand cette intensité n’est ni reconnue ni sécurisée, le système finit par se protéger.
Plutôt que de ressentir trop, il préfère ne plus ressentir.
Chez l’enfant...
Chez l’enfant, la déconnexion apparaît souvent après des situations répétées de tension :
- conflits fréquents
- attentes trop élevées
- sanctions incomprises
- humiliations
- échecs accumulés
L’enfant devient plus calme, plus discret, parfois plus conforme.
Mais à l’intérieur, il s’éteint.
Il ne fait plus de vagues.
Il ne demande plus.
Il ne dérange plus.
Et c’est souvent à ce moment-là que les adultes pensent que tout va mieux, alors que l’enfant s’est simplement coupé de lui-même.
Chez l’adolescent...
À l’adolescence, la déconnexion devient parfois une stratégie de survie sociale :
- pour ne pas être rejeté
- pour ne pas être moqué
- pour ne pas être envahi
Certains adolescents se coupent de ce qu’ils ressentent.
Ils jouent un rôle, sourient sans y être, se protègent derrière une carapace.
D’autres cherchent à ressentir quelque chose à tout prix, parfois à travers des comportements à risque, non par goût du danger, mais pour échapper au vide intérieur.
Chez l’adulte...
Chez l’adulte neuroatypique, la déconnexion est souvent ancienne.
Elle s’est installée progressivement, parfois depuis l’enfance.
Elle peut se traduire par :
- un engourdissement émotionnel
- une fatigue chronique
- une distance dans les relations
- une difficulté à ressentir la joie
Beaucoup fonctionnent, travaillent, réussissent même.
Mais ils ne vivent plus vraiment.
Ils ont appris à tenir, pas à ressentir.
Ce n'est pas...
La déconnexion émotionnelle n’est pas :
- un manque d’amour
- de la froideur
- de l’égoïsme
C’est une réponse du système nerveux à une surcharge prolongée.
C’est une manière de survivre quand ressentir est devenu trop douloureux.
Ce qui aide à se reconnecter...
La reconnexion ne se fait jamais sous la contrainte. Elle passe par la sécurité :
- des relations qui ne jugent pas
- des émotions reconnues sans être corrigées
- du temps sans pression
- des espaces où l’on peut être soi sans se défendre
- un cadre stable et prévisible
Quand le système nerveux se sent enfin en sécurité, il peut relâcher ses défenses.
Conclusion !
Les profils TDAH, TSA et à haut potentiel ne sont pas trop sensibles.
Ils sont parfois devenus trop coupés pour survivre.
Derrière la distance, il y a presque toujours une intensité qui n’a pas trouvé où se déposer.
Et lorsque quelqu’un offre enfin un espace où cette intensité peut exister sans être attaquée, les émotions, la présence et le lien reviennent peu à peu.



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