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Quand la neuroatypie "se transmet"… sans mode d’emploi...




Être un parent neuroatypique qui élève un enfant neuroatypique, ce n’est pas simplement accompagner un enfant différent dans un monde normé.


C’est évoluer avec lui dans un miroir permanent.


Chaque émotion de l’enfant résonne plus fort. Chaque crise réveille un souvenir corporel, une expérience passée, parfois une blessure ancienne.


Et lorsque cet enfant est unique, sans frère ni sœur pour offrir un point de comparaison, le quotidien devient un terrain sans balises.


Il n’y a pas de référence familiale interne. Il n’y a que cet enfant… et soi.


Quand notre cerveau croit que « c’est normal »...


Le cerveau humain se construit par références.


Or, chez un parent neuroatypique, la référence de base est déjà différente.


L’impulsivité, l’hypersensibilité, la fatigue cognitive, la surcharge sensorielle ou l’intensité émotionnelle ont souvent toujours été là.


Alors, lorsque l’enfant fonctionne de manière similaire, le cerveau parental peut l’interpréter comme une norme naturelle.


Non par négligence. Non par déni. Mais parce que, dans ce système familial précis, cela a toujours été ainsi.


Le décalage apparaît lorsque l’extérieur réagit autrement.


L’école alerte. Les proches s’inquiètent. Les institutions parlent de difficultés.


Et soudain, ce qui semblait cohérent à la maison devient incompris ailleurs. C’est souvent à cet endroit précis que le parent vacille.


Aimer ne garantit pas toujours la compréhension...


Partager une neuroatypie avec son enfant ne signifie pas automatiquement savoir décoder ce qu’il traverse.


Parfois même, cela complique la lecture. Le vécu parental, chargé émotionnellement, peut brouiller l’analyse.


Certaines difficultés deviennent invisibles parce qu’elles sont familières. D’autres deviennent trop douloureuses à regarder en face, car elles renvoient à sa propre histoire.


Les recherches en neurosciences affectives montrent que le stress chronique altère la capacité à prendre du recul, à mentaliser, à observer sans se confondre.


Beaucoup de parents neuroatypiques vivent dans un état de surcharge quasi permanent.


Ce n’est pas un manque de compétences parentales. C’est un système nerveux déjà très sollicité, qui tente de faire au mieux.


L’enfant unique : quand l’absence de comparaison renforce les biais...


Avec un enfant unique, il n’y a pas de contraste quotidien. Pas d’autre rythme, pas d’autre tempérament, pas d’autre manière d’apprendre ou de gérer la frustration.

Certains parents entrent alors dans un doute incessant : « Est-ce trop ? Est-ce normal ? Est-ce moi qui dramatise ? »


D’autres, à l’inverse, peuvent minimiser : « J’étais comme ça, j’ai tenu. »


Ces deux mécanismes sont humains. Mais ils peuvent, sans intention, empêcher de percevoir la singularité réelle de l’enfant.


Car même lorsque les fonctionnements se ressemblent, les besoins ne sont jamais identiques.


Pistes concrètes pour sortir de l’isolement cognitif...


La première piste essentielle est de multiplier les regards. Un parent seul, aussi impliqué soit-il, ne peut pas tout voir.


Faire appel à des professionnels formés à la neurodiversité permet de poser un cadre, mais il est tout aussi précieux de solliciter des proches de confiance : un ami, un membre de la famille, une personne ressource qui connaît l’enfant sans être émotionnellement fusionnée avec lui.


Un regard extérieur bienveillant peut révéler des forces, des fragilités ou des signaux que le parent, trop proche, ne perçoit plus. Il ne s’agit pas de déléguer la responsabilité, mais d’élargir le champ de compréhension pour mieux aider l’enfant.


La deuxième piste est d’apprendre à distinguer son propre vécu de celui de l’enfant.


Ce qui a été supportable pour un adulte ne l’est pas nécessairement pour un enfant en développement.


Ce qui a été intériorisé, compensé ou masqué pendant des années n’est pas un modèle éducatif.


Chaque parcours mérite d’être ajusté.


La troisième piste est de prendre soin du parent autant que de l’enfant.

Un parent neuroatypique régulé, soutenu et accompagné devient un facteur de protection majeur.


Thérapie, soutien psychologique, ajustements sensoriels, relais ponctuels, pauses réelles : ce ne sont pas des privilèges, mais des leviers essentiels pour préserver l’équilibre familial.


Quand la proximité devient une force consciente...


Partager une neuroatypie avec son enfant peut devenir une richesse immense. Cela permet une empathie fine, une compréhension intuitive, une alliance profonde.


Mais cette proximité n’est une force que lorsqu’elle est consciente.


Lorsqu’on accepte que ressemblance ne signifie pas identité, et que chaque cerveau, même atypique, possède son propre rythme, son propre langage, ses propres limites.


Conclusion : aimer, c’est aussi accepter de ne pas tout voir seul !


Élever un enfant neuroatypique quand on l’est soi-même, c’est avancer sans carte, mais avec une sensibilité particulière. Cela demande de l’humilité, du courage et une grande bienveillance envers soi.


Il n’y a aucune faute à chercher un regard extérieur.


Aucune faiblesse à demander de l’aide et à confier à autrui ce qui nous dépasse.

Parfois, c’est justement en acceptant de ne pas être seul que l’on devient le parent le plus ajusté possible pour son enfant.


Aimer son enfant, ce n’est pas tout comprendre instinctivement.


C’est rester ouvert. Curieux. Soutenu.


Et continuer à apprendre… ensemble.

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