Quand l’enfant qui a un TDAH va bien… et dérange davantage...
- Christopher Trisman
- 27 déc. 2025
- 3 min de lecture

Quand l’amélioration bouscule l’équilibre
Il arrive un moment déroutant où l’enfant qui a un TDAH semble aller mieux.
Il est plus vivant, plus présent, plus affirmé. Et pourtant, paradoxalement, il dérange davantage ou autrement...
Non pas parce qu’il régresse, mais parce qu’il change. Il ne se contente plus de s’adapter en silence.
Il prend de la place, il questionne, il teste, il s’exprime.
Ce mieux-être vient parfois fissurer des équilibres fragiles construits autour de la compensation, de la conformité ou de l’effacement.
Le confort discret de l’enfant “qui se fait petit”
Quand l’enfant allait mal, il dérangeait par sa souffrance, mais il rassurait parfois par sa prévisibilité.
On savait où il se situait. Lorsqu’il commence à aller mieux, il devient moins lisible. Il ose dire non, il explore, il bouge, il rit plus fort, il exprime son désaccord. Ce déplacement peut mettre en difficulté les adultes, les cadres, les attentes implicites.
L’enfant n’a pas changé de nature, il a simplement cessé de se contenir.
Quand le cadre doit évoluer aussi
L’amélioration d’un enfant qui a un TDAH demande souvent un réajustement du cadre, pas son durcissement.
Ce qui fonctionnait quand l’enfant se repliait, se taisait, se soumettait ne suffit plus quand il s’ouvre.
Les règles restent nécessaires, mais elles doivent devenir vivantes, ajustables, explicites.
Sinon, le cadre devient une source de tension, et l’enfant est à nouveau perçu comme “trop”, alors qu’il est simplement plus lui-même.
Les malentendus relationnels...
Un enfant qui va mieux peut être vécu comme plus exigeant. Il demande davantage de cohérence, plus de clarté, parfois plus de présence.
Cela peut être confondu avec de la provocation ou de l’opposition.
En réalité, il teste souvent la solidité du lien. Il vérifie si l’adulte est toujours là quand il ne rentre plus dans le moule qu’on avait inconsciemment construit pour lui.
Une dynamique qui dépasse le seul TDAH...
Ce phénomène ne concerne pas uniquement les enfants qui ont un TDAH. On l’observe aussi chez certains enfants qui ont un TSA, chez des enfants HP, chez ceux qui vivent avec des troubles d’apprentissage ou un TOP.
Dès que l’enfant se sent plus en sécurité intérieure, son comportement peut se transformer. Ce mieux-être n’est pas toujours silencieux. Il peut être bruyant, dérangeant, déstabilisant pour l’entourage.
De l’enfance à l’âge adulte, la même mécanique...
Ce qui se joue ici laisse des traces. Beaucoup d’adultes racontent qu’ils ont été davantage incompris au moment où ils allaient mieux, au moment où ils prenaient confiance, au moment où ils s’affirmaient.
L’enfant qui apprend que son mieux-être dérange risque d’intégrer l’idée qu’il doit se contenir pour être accepté.
À l’inverse, l’enfant accompagné dans cette phase apprend que grandir peut être inconfortable, mais légitime.
Pistes concrètes pour accompagner ce “mieux” qui dérange...
– Nommer explicitement les changements observés chez l’enfant, sans les juger
– Réajuster le cadre avec l’enfant, en expliquant ce qui reste non négociable et ce qui peut évoluer
– Observer ce qui dérange réellement : le comportement de l’enfant ou l’inconfort de l’adulte
– Offrir des espaces d’expression corporelle et émotionnelle pour canaliser l’énergie nouvelle
– Valoriser l’affirmation de soi tout en travaillant les compétences sociales associées
– Accepter que l’amélioration ne soit pas linéaire et qu’elle demande des ajustements continus
– Se rappeler que le “trop” d’aujourd’hui est souvent la force de demain
Conclusion !
Quand un enfant qui a un TDAH va mieux, il ne devient pas plus "difficile". Il devient plus visible.
Cette visibilité questionne les cadres, les attentes et parfois les peurs des adultes.
Accompagner cette phase, c’est accepter que le mieux-être ne soit pas toujours confortable, mais qu’il soit profondément structurant.
Pour l’enfant d’aujourd’hui. Et pour l’adulte qu’il deviendra.



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