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Pourquoi certains enfants sont-ils capables de raconter parfaitement ce qu’ils auraient dû faire… mais pas de le faire ?

30 sept.
4 min de lecture

« Mais tu savais pourtant ce qu’il fallait faire. »


Cette phrase revient souvent. L’enfant vient de se disputer avec quelqu’un, a dépassé une limite, oublié une consigne, réagi trop vite ou abandonné quelque chose qu’il devait terminer. Alors, une fois le calme revenu, on en reparle.


Et là, parfois, tout semble parfaitement clair.


« Qu’est-ce que tu aurais pu faire ? »

« J’aurais pu attendre. »

« Et au lieu de ça ? »

« J’ai répondu tout de suite. »

« Et tu savais que ça allait poser problème ? »

« Oui. »


Alors l’adulte reste parfois perplexe.


S’il savait… pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?


SAVOIR APRÈS COUP N’EST PAS TOUJOURS SAVOIR AU BON MOMENT


Il y a une différence importante entre comprendre une situation lorsque tout est terminé et avoir accès à cette compréhension au moment où l’on doit agir. Une fois la colère retombée, le bruit disparu, la frustration passée ou la pression redescendue, l’enfant peut retrouver ses capacités d’analyse. Il peut raconter ce qui s’est passé, identifier son erreur, comprendre la réaction de l’autre et même proposer une autre manière de faire.


Et pourtant, quelques minutes plus tôt, tout cela pouvait être beaucoup moins accessible.


Ce n’est pas forcément une contradiction.


Le contexte a changé.


QUAND L’ÉMOTION PREND TOUTE LA PLACE


Imaginez un enfant qui perd à un jeu. Il connaît la règle, sait qu’on peut perdre et a même déjà expliqué à quelqu’un d’autre qu’il faut accepter la défaite. Mais au moment où il perd, quelque chose déborde : une remarque, un geste, une parole trop rapide.



Puis, plus tard :


« Je sais que j’aurais dû accepter. »

Et l’adulte peut entendre cette phrase comme une excuse.


Pourtant, elle peut aussi être la description très précise d’un décalage : la connaissance était là, mais elle n’était pas suffisamment disponible au moment où elle aurait été utile.


Chez certains enfants neuroatypiques, ce décalage peut être particulièrement visible. Les fonctions exécutives, l’impulsivité, la régulation émotionnelle, l’attention ou encore la charge sensorielle peuvent modifier la capacité à utiliser une information pourtant connue.


Cela ne signifie pas que l’enfant ne sait pas.

Cela signifie parfois qu’il ne parvient pas à mobiliser ce qu’il sait dans l’instant.


« MAIS IL LE FAIT QUAND MÊME… »


C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à comprendre pour l’adulte.


Parce que nous avons tendance à penser que connaître la bonne réponse devrait naturellement conduire à la bonne action.


Mais nous faisons tous l’expérience inverse. Nous savons qu’il faudrait se lever plus tôt, répondre calmement, prendre le temps de réfléchir avant de parler. Nous savons parfois exactement ce que nous aurions dû faire.


Et pourtant… nous ne le faisons pas toujours.


Chez l’enfant, cette différence peut être encore plus importante parce que les capacités nécessaires pour inhiber une réaction, organiser une action, gérer une émotion ou se projeter dans ses conséquences sont encore en développement.


ET SI LA QUESTION N’ÉTAIT PAS « POURQUOI TU NE L’AS PAS FAIT ? »


Cette question paraît logique.

Mais elle peut parfois conduire à une impasse.


Parce que l’enfant n’a pas forcément besoin qu’on lui rappelle ce qu’il savait déjà. Il peut le savoir parfaitement.


La question intéressante est peut-être ailleurs : qu’est-ce qui a empêché cette connaissance de devenir une action, à ce moment-là ?


Était-il trop stimulé, trop frustré, trop pressé, déjà débordé par autre chose ? La consigne était-elle trop longue ? Fallait-il inhiber une réaction très rapide ? Devait-il faire plusieurs choses en même temps ? Ou simplement avait-il besoin de plus de temps pour que l’information devienne réellement utilisable ?


La réponse ne sera pas toujours la même.

Mais la question change déjà le regard.


ET L’ADULTE DANS TOUT ÇA ?


Pour l’adulte, ce décalage peut être épuisant. Parce qu’il peut donner l’impression de répéter toujours les mêmes choses.


« Mais on en a déjà parlé. »

« Tu sais pourtant comment faire. »

« Tu viens de me dire toi-même ce qu’il fallait faire. »


Et c’est vrai.


On en a peut-être parlé. L’enfant sait peut-être réellement.


Mais répéter une information ne suffit pas toujours à construire la capacité de l’utiliser dans toutes les situations.


Parfois, l’enjeu n’est donc pas de réexpliquer encore.


C’est d’aider l’enfant à identifier le moment où tout bascule : le signe qui annonce que ça déborde, la première seconde où il pourrait encore s’arrêter, le petit repère qui permettra, une prochaine fois, de retrouver ce qu’il savait déjà.



COMPRENDRE APRÈS COUP, C’EST DÉJÀ APPRENDRE


Il serait tentant de voir dans cette situation uniquement un échec.


Pourtant, lorsque l’enfant est capable de raconter ce qui s’est passé et d’identifier une autre possibilité, quelque chose est déjà en train de se construire. Il ne maîtrise peut-être pas encore le passage entre « je sais » et « je fais », mais il commence à comprendre ce passage.


Et parfois, les progrès se trouvent précisément là.


Dans cette conversation qui arrive après, dans ce regard qui change, dans ce petit silence avant de répondre, dans cette fois où l’enfant dira :


« Attends… là, je vais m’énerver. »


Ce n’est pas encore parfait.

Mais ce n’est plus tout à fait pareil.


Parce qu’entre savoir ce qu’il faudrait faire et réussir à le faire, il existe parfois tout un chemin.


Et certains enfants ont simplement besoin qu’on les aide à construire ce chemin, plutôt que de leur répéter qu’ils connaissaient déjà la destination.


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